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Ibogaïne vs. Heroine et Cocaïne?
Un traitement élaboré aux Etats Unis et pratiqué expérimentalement aux Pays-Bas peut-il aider des usagers de drogues dures, à court terme à interrompre leur dépendance, et à long terme à contrôler leur rapport a la toxicomanie ?

L'histoire du traitement de la toxicomanie est une longue succession de recours malheureux à des drogues de substitution jugées en leur temps comme potentielles cures-miracles. Ainsi, à la fin du siècle dernier, la cocaïne fut'elle utilisée pour traiter la morphinomanie rampante de l'epoque et vice-versa. Plus tard, l'heroine fut d'abord developpee comme une alternative non-addictive a la morphinomanie puis, plus récemment, ce fut la méthadone qu'on considéra à son tour comme une alternative a l'heroinomanie ( au pire cure potentielle, au mieux sorte d'heroine " light ").Ces exemples illustrent les limites des projets de traitement strictement chimique puisque non seulement ces produits ne guérirent pas les dépendances anciennes mais ne firent que déplacer le problème en substituant de nouvelles formes de dépendance à de nouvelles substances. Dans un autre registre, il faut également mentionner les résultas peu concluants des expériences psychothérapeutiques hors toxicomanie d'hallucinogènes tels que le LSD ou le MDMA (Ecstasy.

C'est pourquoi l'annonce de l'élaboration aux Etats-Unis d'un nouveau traitement anti-toxicomaniaque (encore non autorise dans ce pays mais pratique expérimentalement aux Pays Bas sur une cinquantaine de personnes a ce jour), fonde sur l'emploi de l'ibogaïne, alcaloïde extrait des racines d'une plante hallucinogène africaine utilisée dans des rituels initiatiques, ne pouvait que laisser sceptique ou incrédule. Pourtant, selon son initiateur Howard Lotsof, lui-même heroinomane jusqu'à ce que l'absorption d'ibogaïne à des fins psychédéliques mette accidentellement et involontairement un terme a sa dépendance, les principes et les effets du traitement seraient complètement différents et radicalement opposes aux expériences mentionnes plus haut. A l'en croire, son approche marquerait une rupture révolutionnaire par rapport aux systèmes de désintoxication passes et contemporains. Pour des raisons encore mal connues dans l'état actuel de la recherche sur la pharmacodynamique de l'ibogaïne et son action sur le métabolisme cérébral, l'effet anti-dépendance de l'ibogaïne serait polyvalent et a la fois physiologique et psychologique.
Polyvalent, c'est à dire qu'au lieu d'agir sur une substance spécifique (telle que heroine ou cocaïne) et la forme de dépendance qui lui est associée, l'ibogaïne agirait sur des substances multiples (telle que herbe et cocaïne), combinées ou non, voire même sur des drogues " mineurs " mais génératrices de dépendance comme la nicotine et l'alcool.
Physiologique en ce sens que l'ibogaïne, en réglant la circulation perturbée de dopamine dans le cerveau, serait un interrupteur a court et a moyen termes du processus biologique de dépendance : non seulement, a court terme, l'ibogaïne permettrait de supprimer l'effet de manque associe au sevrage (en particulier pour les opiaces) mais également, a moyen terme, le malaise physico-mental qui succède au sevrage proprement dit.
Psychologique : a moyen et long terme, selon les témoignages des sujets en ayant fait l'expérience, tout se passe comme si l'ibogaïne aurait un effet de rééquilibrage et de réajustement de la personnalité du toxicomane. Celui-ci semble perdre son désir de consommation de drogue(s) dans le cadre d'un renversement de son comportement et de son système toxicophilies. Les sujets insistent sur cette sorte de restructuration de la conscience et de l'inconscient à partir d'une vision critique de leur histoire personnelle et, en particulier, de leur ancienne relation à la drogue et à la dépendance.

C'est donc à la fin des années 60, en quête d'un nouveau high psychédélique, qu'Howard Lotsof, en compagnie de dix autres junkies américains ( et selon lui, six d'entre eux, lui inclut, cessèrent leur consommation après l'expérience), décida d'absorber de l'Iboga. Cette expérience changea sa vie et fut le début d'une odyssée de trente ans qui le voua avec obstination a la défense des potentiels thérapeutiques de l'ibogaïne. Avec la tabernanthine, libogaine est l'un des principaux alcaloïdes indoliques de l'Iboga ( le " Tabernanthe Iboga H.Baillon " fut classifie en 1889 par H. Baillon du Muséum et l'alcaloïde isole en 1901 par Dybrowsky et Landrin). L'iboga est un arbuste de la famille Apocynacée qui pousse à profusion a l'état naturel ou cultive en Afrique équatoriale de l'Ouest, essentiellement au Gabon, dans une moindre mesure chez ses voisins (Cameroun, Guinée équatoriales, Zaïre) et a Madagascar. L'ibogaïne est contenue dans toutes les parties de la plante mais est plus concentrée dans les tiges et surtout dans l'ecorce des racines : c'est cette partie qui est consommée fraiche, en fines lamelles et raclures mâchées lentement ou bues après macération. Son usage, d'origine ancienne, est toujours très répandu dans la population quoique presque inconnu du public, voire des spécialistes, européens et américains. (Ainsi, en France, on n'en trouve guère mention récemment que dans " Drogues et plantes magiques " de J.L. Pelt, Fayard 1983, et " Plantes médicinales africaines " de J.L. Pousset, Ellipses 1992. Pour mémoire, on rappellera qu'un médicament à vertu tonique contenant de l'ibogaine fut commercialise sein France sous le nom " Lambarene " de 1939 à 1966. Dans ces régions d'Afrique, l'iboga est consomme à un double niveau : defatigant, à faible dose, dans le contexte banalise de la vie quotidienne, et hallucinogène, à haute dose dans le cadre de rituels initiatiques.

A faibles doses, en plus d'une action anti-toxique en convalescence de maladies, infectieuses, l'Iboga, un peu comme la noix de cola, est un stimulante mineur, non-euphorisant, non-addictif et de faible toxicité : il facilite la résistance a la faim, la soif et la fatigue, réduit les besoins de sommeil, active la respiration et la circulation et stimule les secrétions et la diurèse. Traditionnellement, ce fut et reste un stimulant de chasseurs et de pêcheurs leur permettant de rester éveilles et alertes toute la nuit voire plusieurs jours pour mieux suivre et capturer leur proie. Aujourd'hui, pour une large partie de la population rurale et urbaine, sur une base plus ou moins régulière, c'est un defatigant légalement et socialement accepte, aussi banalise qu'ailleurs thé, café ou tabac, consomme pour travailler tard ou plus longtemps, faire la fête, voyager, etc.…ainsi qu'un excitant sexuel.

C'est seulement à hautes doses que l'Iboga agit en hallucinogène puissant et il n'est employé que dans le cadre rituellement très contrôle de cérémonies initiatiques parmi une minorité de la population appartenant à une société locale, le Bwiti. Selon le Dr. P. Barabe dans son article " La religion d'Eboga ou le Bwiti des Fangs " (Revue de Médecine tropicale, mai 1982), les Pygmées attribuent la découverte des pouvoirs de la plante à l'observation des phacochères qui, avec porcs-épics et gorilles, déterrent et rongent ses racines pour accéder à une sorte d'état de transe accompagne de grande excitation physique. Chez l'homme, la découverte de l'Iboga entraîna, semble-t'il, la création de la religion Bwiti et la consommation rituelle qui lui est spécifique. Toujours selon P. Barabe. l'Iboga fut et est vue comme une plante sacrée qui a servi à unifier un peuple, voire l'a aide à préserver son identité et à résister à l'influence occidentale, de fait, dans le dernier demi-siècle, le culte Bwiti s'est développe et a vu son importance sociale et culturelle croître.

Le rôle de l'Iboga dans les cérémonies initiatiques a été étudie par de nombreux ethnologues depuis sa découverte au XIXeme siècle. Parmi les études récentes, citons l'article de synthèse de trois chercheurs du CNRS. (un chimiste, Robert Goutarel, spécialiste mondial des alcaloïdes, et deux ethnobotanistes, Otto Gollnhofer et Roger Villans) dans la prochaine livraison de " Psychedelic Monographs and Essays " aux Etats-Unis et un article de vulgarisation de Gollnhofer dans " Jeune Afrique " n° 1554, oct. 1990. L'expérience est physiquement et psychologiquement très éprouvante (elle peut durer quatre a cinq jours sans manger ni dormir avec, au début une purification symbolique, le vomissement - la plante est très amère - que l'on retrouve dans d'autre expériences hallucinogènes rituelles) mais très organisée avec d'anciens inities qui encadrent les novices et les aident a travers le développement de leur intoxication et de leurs visions. La drogue est d'abord prise en petites doses, puis en plus grandes quantités pendant que des chants, des danses et de la musique accompagnent la progression de l'intoxication jusqu'à ce que le degré optimal d'excitation soit obtenu, amenant les inities a un état de rêve éveille prolonge. Selon Gollnhofer, " les images défilent comme sur un écran, l'initie en étant tantôt spectateur, tantôt acteur. Cette perception éveillée renforce la conviction d'être en présence de manifestations d'une autre réalité inaccessible aux non-inities : l'Iboga, " bois miraculeux ", leur permet, de découvrir la face cachée du monde. IL ouvre à l'initie la porte de l'audelà, l'aide à percer le mystère de l'univers et le devenir de l'homme, en voyant de ses propres yeux comment vont les choses de la Terre, en revivant le passe et en entrevoyant le futur. " Dans cet état de sur-veille, le preneur d'Iboga prend conscience des multiples niveaux de l'existence, la sienne propre et celle de l'homme en général. " C'est son principe spirituel qui sort de l'enveloppe corporelle et qui oscille entre les deux plans d'existence, tout comme lors de la naissance et de la mort. " (On notera les points communs avec les " Near Death Experiences " vécues parfois par des sujets sous LSD ou mescaline.) Grâce à ces visions normatives, le sujet revit sa propre histoire depuis sa " naissance " au monde de la mère, visualise de manière critique et objective son développement avec ses succès et ses échecs pour aboutir à une sorte de réajustement positif et de renaissance ' soi et au monde. Les ethnologues distinguent quatre étapes dans le développement des visions : pour simplifier , les trois premières auraient à faire avec un inconscient individuel de type freudien, la dernière relèverait plutôt d'un inconscient collectif et culturel de type jungien. (NB : O. Gollnhofer et R.Villans travaillent actuellement sur l'édition de témoignages extensifs d'Européens ayant passées en Afrique le rituel de l'Iboga).

Selon les témoignages des toxicomanes traites par Lotsof à l'Ibogaïne, - celle-ci est administrée sous forme d'hydrochloride à doses variant selon le poids et la condition toxicomanique du sujet, sous constant contrôle médical et psychothérapeutique, et après examens médicaux et entretien psychologique - , c'est peut-être moins la traversée physiologique sans souffrance du sevrage que l'intense expérience psychologique liberatice y succédant qui est la plus marquante pour les sujets. Non seulement l'Ibogaïne leur permet de mettre dans un délai très rapide un terme à leur compulsion physiologique mais elle leur donne aussi les moyens de comprendre les fondements psychologiques et émotionnels de celle-ci. Tout se passe comme si, en une sorte de thérapie accelerée, par la revitalisation des étapes de leur vie, ils comprenaient l'histoire des crises qui les menèrent à leur comportement toxicophilique. Agissant d'abord en interrupteur biologique de dépendance, l'action de l'Ibogaïne stimulerait la maturation psychologique du toxicomane. Loin d'être un inconvénient ( et d'ailleurs, les témoignages concordent à définir l'expérience comme extrêmement éprouvante et dénuée du caractère plaisant des visions de type " esthétique " de trips au LSD ou aux champignons hallucinogènes), la psychoactivite de l'ibogaïne est probablement la condition de possibilités de distanciation psychologique du toxicomane par rapport à son passe. La période initiale de stimulation du REM.(" Rapid Eye Movement ") induit une sorte de rêve éveille accélère qui suscite la résurgence d'une organisation positive de la mémoire individuelle en tant que procès de maturation latent dans la personnalité del'individu.

Les défenseurs du traitement admettent des variations de réussite dépendant de l'état de préparation et de disponibilité des sujets : l'Ibogaïne serait plutôt un catalyseur du désir de transformation et de libération, plus ou moins latent selon les individus. Certaines interruptions sont permanentes alors que d'autres toxicomanes, dans les mois qui suivent, reviennent à un usage souvent intermittent et/ou, en tout cas, diminue, de drogues et nécessitent un autre traitement pour renforcer le processus cognitif enclenche dans le premier. Citons quelques témoignages de sujets traites : " J'ai réalise que les drogues n'étaient pas le problème mais un symptôme du problème : l'Ibogaïne vous permet de voir ce que le problème est… L'expérience révèle ou et quand votre vie a commence a dérailler et ce que vous avez à faire pour la corriger. J'ai eu ma vie entre mes mains et c'est comme si on me disait : Voilà, prends la et finis la. " Une junkie hollandaise raconte qu'après son premier traitement, elle essaya à titre de curiosité de reprendre de l'heroine : " Je ne me sentais pas défoncée, au contraire, c'est comme si cela réactivait mon expérience avec l'Ibogaïne. J'ai remarque que je ne suis plus sensible à l'influence des drogues comme je l'étais : j'ai perdu mon intérêt pour la drogue en général car l'effet de l'Ibogaïne va beaucoup plus loin. Ce n'est plus possible pour moi de retrouver la même personnalité addictive envers la drogue : l'Ibogaïne a été un processus mental libérateur, une forme de purification spirituelle. L'Ibogaïne vous aide à réaliser que vous disposez de tout le pouvoir de vous guérir, si vous en avez le désir et la volonté. Le choix vous appartient si vous voulez abandonner votre ego compulsif et auto-destructeur. "

Jusqu'à présent, les expériences sur l'action neurochimique de l'Ibogaïne n'ont été faites que sur des modèles animaux de dépendance. En 1988, les docteurs E.D. et M.R. Dzoljic et C.D. Kaplan du département de Pharmacologie à l'Université Erasmus de Rotterdam ont constate une atténuation sensible des symptômes de sevrage chez les rats rendus dépendants à la morphine. En 1991, le Dr Stanley Glick et ses collègues du département de Pharmacologie et de Toxicologie de l'Université de Médecine d'Albany (état de New-York) ont réalise une double série d'études : 1) Chez des rats conditionnes à s'auto injecter de la morphine, l'Ibogaïne entraîne une nette réduction de cette auto-administration variant selon les doses employées : à faible dose, l'auto administration diminue considérablement, à plus forte dose, elle cesse pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. -2) Comme on le sait, la stimulation du neurotransmetteur dopamine est responsable de l'effet de plaisir associe à des drogues telles que morphine, cocaïne, amphétamines et nicotine. Glick décide d'étudier l'effet de l'Ibogaïne sur le système dopaninique et ses constatations sont doubles : a) chez les sujets traites, à court terme, l'Ibogaïne inhibe la stimulation de production de dopamine par la morphine ; b) les effets inhibiteurs de l'Ibogaïne sur la dopamine se prolongent à plus ou moins long terme après son élimination physique. Enfin, en 1992, le docteur Patricia Broderick de la Faculté de Médecine de la City University de New - York étudie les effets de l'Ibogaïne sur la production de dopamine chez les rats conditionnes à la cocaïne. Comme Glick avez la morphine, elle constate une réduction sensible des taux de dopamine et cela sans privation du cerveau du montant normal de ce neurotransmetteur. Selon elle, tout se passe comme si l'Ibogaïne était un régulateur neurochimique capable de moduler la dopamine de manière telle que le cocaïnomane en ait assez pour un fonctionnement cérébral normal sans avoir la quantité excessive suscitée par la drogue et génératrice de l'effet de plaisir recherche.

Ces études, en nombre limite et, répétons le, effectuées seulement encore sur l'animal, semblent confirmer l'existence d'un potentiel thérapeutique anti-narcotique de l'Ibogaïne comme l'affirme H. Lotsof. Or, dans l'état actuel de la recherche (à l'exception d'une poignée de chercheurs au CNRS, , aux Etats-Unis et aux Pays - Bas) on ne s'intéresse pas à la pharmacologie et à la toxicologie de l'Ibogaïne et aucune expérience médicale sur son emploi et sa posologie chez des sujets humains n'a encore été faite. Cependant, aux Etats - Unis, le NIDA (National Institute of Drug Abuse), malgré son hostilité de principe due à l'effet hallucinogène de l'Ibogaïne, serait sur le point de conduire des recherches plus poussées chez l'animal et, si celles-ci révèlent un faible degré de toxicité, chez l'homme.
On ne peut qu'espérer qu'en Amérique et en Europe, à l'heure ou jamais il n'y eu un aussi vaste débat sur les problèmes de la toxicomanie (et, indirectement, sur les ravages du SIDA), chimistes, toxicologistes, médecins et psychothérapeutes commencent à s'intéresser aux possibilités de l'emploi de l'Ibogaïne. L'histoire de la médecine nous a appris qu'il n'y a pas de panacée universelle et, dans l'esprit de ses défenseurs, l'Ibogaïne n'en est pas une. Dans ces conditions , il serait dommage (surtout si l'on veut éviter le développement dans les milieux d'usagers des drogues, d'un système parallèle sans protection et supervision médicale et psychiatrique, analogue à la situation de l'avortement illégal dans les années 70 ou, récemment , du marche noir de l'AZT aux Etats-Unis) que les professionnels intéresses, avec l'accord des pouvoirs public, ne prennent les devants et considèrent sérieusement les possibilités de traitement antitoxocomanique de l'Ibogaïne. D'une part comme éventuelle méthode de sevrage rapide et non addictive dispensant les usagers de la misère physique et morale qui lui est associée, de l'autre comme un outil de travail complémentaire d'autre pratiques psychothérapeutiques destinées à aider les toxicomanes à reprendre contrôle de leur vie.

 

Ibogaine,1992

Pharmacodynamie et applications therapeutiques

The Lancet

Primal Feelings Newsletter 1995-96

Les Rituels Gabonais de l'Iboga

City Sun

L'ibogaïne en psychothérapie

Voyage d'eboga di Xavier Liberti

 

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